A R.Pointereau et F.Pillet : attention à la double peine pour la burqa !

Publié le par L'Orange berruyère

Le webzine l’Agitateur nous révèle, aujourd’hui, que les deux sénateurs UMP du Cher (Rémy Pointereau et François Pillet) ont cosigné une une proposition de loi "visant à permettre la reconnaissance et l’identification des personnes". Celle-ci est présentée, non seulement comme une mesure sécuritaire, mais aussi (surtout ?) comme un moyen d’imposer aux citoyens les mêmes « règles de vie en communauté ».

 

Vous l’aurez compris, il s’agit ici d’un moyen détourné de vouloir réprimander le port du voile intégral (Burqa, Niqab…).

 

Si je suis de ceux qui pensent que la République doit réagir à ce genre de comportement, je pense néanmoins que le sujet mérite qu’on réfléchisse un minimum avant de proposer à tout vent des mesures.

 

Ce qui est proposé ici par nos députés est de punir d’une peine d’un an de prison et de 1000€ d’amende toute personne masquant son identité sur la voie publique (et donc son visage). Sans même parler de la complication administrative que pourrait engendrer une telle mesures lors de l’organisation d’évènements impliquant des costumes (si il faut demander une autorisation à la Préfecture à chaque fois pour déroger à la règle, on a pas finit de se faire suer…), je préfère concentrer ici ma critique sur le risque de double peine que sous-tends cette loi en matière de voile intégral.

 

Nous le savons, dans le cas du voile intégral, il y a des femmes qui utilisent se vêtement en toute liberté et par revendication politique. On pourrait discuter sur la légitimité d’abroger leur liberté de se vêtir ainsi (pour certains libéraux, interdire la burqa n’est pas bien différent que d’interdire le pantalon), mais, au moins dans ce type de cas, les femmes sont pleinement responsables de leurs actes. Dans ces cas précis, une telle mesure est défendable (même si je ne la partage pas).

 

Cependant, toutes les femmes emburqanées ne le sont pas de bon cœur ! Certaines, sans aucun doute, subissent des pressions maritales ou familiales, voir sont victimes de manipulations. Ces femmes là ne sont pas responsables de leur burqa. Elles sont, avant tout, des victimes ! Or, avec la mesure qu’ont cosigné Rémy Pointereau et François Pillet, l’Etat viendrait « punir » ces femmes, déjà victimes, d’une peine de prison et/ou d’une amende…

Pire, en empêchant ses femmes de porter le voile intégral, on risque de pousser des familles à leur interdire strictement toute sortie, les privant ainsi de toute chance d’émancipation.

Il s’agit clairement ici d’un cas de double peine qu’on ne peut accepter.

 

Le voile intégral est un sujet qui provoque, souvent, des réactions irréfléchies car, cristallisant le malaise qui subsiste dans notre pays en matière d’intégration, il est un terrain propice aux propos démagogiques. Je suis plutôt bien placé pour le savoir car je travail dessus dans une Commission programmatique au MoDem et je sais que, très vite, le débat peut dériver vers des raisonnements trop simplistes pour être admissibles. Pour élever le débat au sein de notre commission, il nous a fallut de longs et fastidieux débats mais ceux-ci sont indispensables ! Je ne suis pas tout à fait persuadé que le mesure ici proposé soit le fait d’une réflexion ayant eu le temps de mûrir…

 

Il est important de réfléchir beaucoup plus profondément aux causes de ce phénomène avant de proposer de légiférer. Il faut se demander pourquoi des femmes, dans notre pays, revendiquent d’une façon quasi-contestataire leur burqa et que d’autre, malgré les possibilités d’émancipations qu’offre le droit français, n’arrivent pas à s’échapper d’une situation familiale qui les étouffe.

Pour le moment, avant de s’hasarder à des prises de positions simplistes et manichéennes, il est important de continuer le travail de fond, celui de recherche, qui seul peut permettre de découvrir les racines du problème.

 

Au fil des travaux que j’ai moi-même effectué, je reste persuadé que nous sommes ici dans le cas d’un effet régionale d’un problème plus large, englobant un déficit d’intégration et d’éducation dans notre pays.

Publié dans Bourges et Berry

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