La Vième est une plaie, Sarko n’est pas seul responsable.

Publié le par L'Orange berruyère


Il y a de graves problèmes dans la Vème  république, des problèmes qui se sont amplifiés depuis le passage au quinquennat et qui se révèlent exacerbés depuis 2007.

La Vème  république est un régime présidentiel où le Président de la république, capable d’omnipotence, n’est pas le représentant du peuple, mais bien le chef d’une tendance politique. Cette politisation de l’exécutif, pleinement assumée aujourd’hui, remet en cause l’efficacité et la légitimité des décisions politiques.   


Ce fait n’est pas nouveau et il faut reconnaître que Nicolas Sarkozy a mit fin, par son attitude, à une certaine hypocrisie.

Oui, le Président de la république n’hésite plus à s’afficher comme un acteur politique, et non plus comme une entité en dehors du jeu des partis, comme aimait nous le faire croire un Jacques Chirac, et c’est tant mieux ! Au moins, nous savons ouvertement dans quel bateau nous nous trouvons et à quel point celui-ci prend l’eau. Le raccourcissement du mandat présidentiel à 5 ans a facilité la chose. Rendant  le calendrier électoral à la fois plus serré, mais aussi plus chargé, le Président de la république est poussé à se comporter comme un candidat en constante campagne, tentant à la fois de rassurer sa majorité tout en faisant du pied à l’électorat de l’opposition.

On peut regretter la chose, notamment parce qu’il tend à privilégier la communication par rapport à l’action et à la réflexion, mais on ne peut pas reprocher à Nicolas Sarkozy de jouer pleinement le jeu de nos institutions actuelles.

L’omniprésence et l’omnipotence du Président de la république ne sont pas le résultat d’une interprétation sarkozyste de notre constitution, c’est une utilisation tout à fait sensée et naturelle de celle-ci. Dans la Vème  république, le Président est roi, son élection est le cœur du système politique et les parlements, fonctionnant par le joug d’une majorité dont le Président est le chef politique, ne sont que des chambres de ratification aux ordres, malgré ce que tentent de nous faire croire les récentes réformes. Face au quinquennat, la cohabitation est devenue une chimère et, à moins d’une rébellion interne à la majorité, dont on sait qu’elles sont vites calmées par des « promotions », rien ne peut endiguer, infléchir ou réfréner la volonté présidentielle.



Après tout, on pourrait se dire que l’exercice sans partage du pouvoir par le Président, légitimé par son élection, devrait résister à toute critique. Et pourtant, au vue de la conduite actuelle de notre pays, il apparaît évident que des failles béantes subsistent dans ce système.



L'une d'elle est d’ordre quasiment philosophique. Un homme seul peut-il conduire un pays ? L'humaniste que je suis vous répondra que non. En effet, l’humanisme ne fait pas que placer l’humain au centre de tout, c'est aussi un moyen de considérer humblement la condition de l’être humain en acceptant que celui-ci ne peut être parfait ou omniscient. Croire qu’un homme peut être providentiel, qu’il peut conduire seul la politique d’un pays à la façon d’un « Grand timonier » est un leurre qui ne peut conduire que dans un mur. L’exercice de la politique, pour être à la fois rationnel et démocratique, nécessite l’existence de contres pouvoirs démocratiques forts, capables de nuancer, d’enrichir, voir de s’opposer à une volonté dominante, ici celle du Président de la république.

On le voit quasi-quotidiennement, seul face à ses responsabilités, sans personne pour le contredire, Nicolas Sarkozy est capable de faire des erreurs pourtant évidentes, comme le soutien à la candidature d’un fils non diplômé au poste de président du plus grande établissement d’aménagement économique d’Europe. Personne n’est venu le contredire, tous, ministres, députés, secrétaires d’état, sont venus défendre le soldat Jean Sarkozy alors même que l’issu de la polémique était évidente.

En ce sens, la Vème  république n’est pas un système pertinent. Elle concentre le pouvoir entre des mains isolées, ce qui, à mon sens, est un risque important. On pourrait même aller plus loin en rappelant que, dans la démocratie, il n’y a pas simplement l’idée que le peuple doit être souverain, mais aussi l’idée que la décision politique nécessite une certaine collégialité pour pouvoir revendiquer une justification intellectuelle, et donc une légitimité.


A cela, ou à cause de cela, s'ajoute une difficile crise de confiance, voir une défiance face au régime.

En effet, le citoyen français n’est pas dupe, il sait bien que son Président n’est pas celui de tous les français, mais bien le chef politique d’une majorité. Il sait aussi que les décisions étatiques ne sont pas le fruit de concertations contradictoires, mais bien souvent le fait d’un seul homme (ou du moins d’un groupe d’individus partageant les mêmes opinions). Sachant cela, le citoyen est amener à remettre en cause la parole des pouvoirs publiques car il ne peut être certain que ce qui est dit est la meilleur solution trouvée ou si c’est le fait d’une considération électoraliste ou idéologiquement fermée sur elle même.


Lorsque Eric Besson relance le débat sur l’identité nationale, est-ce pour amener le citoyen français à participer à l’évolution d’un concept ou est-ce pour flatter un électorat attaché au nationalisme à quelques mois des régionales ? Lorsque le Président demande l’intégration d’Albert Camus au Panthéon, est-ce parce que Camus le mérite, ou est-ce parce qu’il souhaite instrumentaliser la notoriété de l'auteur à des fins politiques ? Lorsque l’on prévoit de faire parvenir aux ménages « le chèque vert » un mois avant les élections régionales, est-ce pour amadouer l’électorat ou est-ce pour des raisons purement comptables ? Lorsque l’on repousse un décret d’application d’une loi permettant la mise en place de référendums citoyens depuis plus de 6 mois, est-ce par manque de temps ou est-ce pour éviter un référendum sur le statut de la Poste ?


Définitivement, le citoyen n‘est pas dupe et en vient à douter, non sans fondement, des pouvoirs publiques. Un tel doute est, certes, très sain : aucun pouvoir, même un modèle de démocratie, ne devrait laisser place à une approbation aveugle des citoyens. Cependant, craindre sans cesse une manipulation politique là où il ne devrait y avoir que des actions visant l’intérêt général pose d’énormes problèmes. Dans le cas de la grippe A(H1N1), le refus massif des français de se faire vacciner démontre que cette perte de confiance, encore une fois légitime, empêche la société d’avancer dans le bon sens. Comment en vouloir aux citoyens qui n’arrivent plus à croire une Roselyne Bachelot ? Pis, comment un citoyen, même éclairé, pourrait-il aujourd’hui affirmer, ou infirmer, le risque vaccinatoire quand il sait qu’il ne peut compter sur aucune autorité pour être impartiale ?

Une politique ne peut fonctionner que si elle remporte l’adhésion d’une grande partie des citoyens et si, pour cela, elle sait se draper d'une certaine crédibilité. La Vème  république, en politisant l’exécutif, rends suspicieux le citoyens vis-à-vis de l’exercice du pouvoir politique, entraînant une inefficacité et une perte de légitimité des politiques publiques.



J'en suis convaincu, la Vème  république a suffisamment vécue pour que nous envisagions de la remplacer. Si nous voulons aborder sereinement le XXIème  siècle, il est plus que temps de penser à la mise en place d’un nouveau fonctionnement institutionnel.
Je ne vais pas, ici, vous présenter ma VIème  république idéale, je pense que son élaboration nécessiterait un grand débat national ainsi que de longs mois de concertations collégiales et éclairées. Néanmoins, je peux vous garantir qu’au sein de ma formation politique, et plus largement dans ma vie citoyenne,  la mise en place d’un nouveau fonctionnement institutionnel reste un but à atteindre.

 

Publié dans Prises de position

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